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Unforgettable Al Jarreau

03/07/2017

Unforgettable Al Jarreau

Auteur : Pierre DERUBY, libre penseur

Nos sentiments d’amitié, d’affection, d’admiration, se limiteraient-ils au cercle de ceux que nous côtoyons plus ou moins régulièrement ? Je ne le pense pas. L’échange serait-il une condition indispensable à la proximité de cœur ou d’esprit avec autrui ? Je ne le crois pas davantage. En réalité, lorsqu’un émetteur, quel qu’il soit, vient faire vibrer des ondes auxquelles les récepteurs que nous sommes sont sensibles, il n’est nul besoin de contact. La distance ne compte pas. L’hertz de rien, le courant passe. Il y a longtemps que je m’en suis fait la remarque.

 

Aussi, quand un artiste que nous avons aimé depuis des années nous quitte, la sensation de manque que nous éprouvons n’est pas très éloignée de celle de la perte d’un ami. Un ami qui, en nous faisant don de son talent, de son rayonnement, au long de notre vie, l’a embellie. La disparition soudaine et récente d’Al Jarreau, vient de me le rappeler. Je suis en deuil de lui.

 

J’ai découvert Al Jarreau, le chanteur, le musicien, lors de la sortie de son premier album (We got by), il y a un peu plus de quarante ans. A l’époque, il en a trente-cinq, et derrière lui une carrière déjà longue. (En effet, dès l’âge de quatre ans, Al the kid, entouré de ses frères, exerce ses cordes vocales dans le chœur du temple où son père, pasteur de son état, prêche l’attention et la générosité envers les autres, tandis que sa mère tient le piano).

 

A l’écoute de cet enregistrement en 33 tours sur vynil que je détiens encore, je suis bluffé et séduit par un style vocal unique en son genre. La voix est chaude, puissante, à dominante baryton quoique capable de monter très haut en tonalité. Ce dont l’intéressé ne se prive pas en se livrant sans compter à des modulations vocales inspirées du scat. Avec une différence notable toutefois par rapport à ceux qui l’ont précédé dans l’exploitation du genre : sa voix se mue en un véritable instrument qui distille un incroyable cocktail de notes et de sons.

 

Les instruments justement, Al les imite aussi : basse, batterie, cuivres, percussions. Mais pas seulement. Il va plus loin encore comme le dit Marcus Miller (grand bassiste, comme chacun sait), qui l’a accompagné en tournée pendant quelques années : « Il peut chanter comme l’eau, comme la pluie sur une planche de bois, comme une assiette qui se brise sur le sol ». Expressions imagées qui donnent une idée de l’étendue du registre d’un vocaliste d’exception.

 

Le répertoire du début trouve sa source dans le jazz. Avec, autour d’Al, des musiciens qui figurent parmi les meilleurs de la scène et des studios américains, une constante tout au long de sa carrière. La liste de ceux qui ont collaboré avec lui est impressionnante et prestigieuse : George Duke, Julio Martinez, Dave Grusin, George Benson, David Sanborn, Steve Gadd,      Joe Sample, pour n’en citer que quelques-uns. Au début des années 1980, après un détour vers des rythmes latinos, il négocie un virage en direction de la pop qui le fait connaître d’un plus large public. Plus accessible, Al n’en donne pas moins dans la facilité et produit, dans ce créneau, ses meilleurs albums : « This time », « Breakin away », « Jarreau » et « High crime ». S’il s’éloigne des prouesses dont il est capable pour adopter un style plus conventionnel, il ne les délaisse pas totalement, notamment dans un morceau comme « Spain » (This time) qui est l’un des plus révélateurs de ses capacités artistiques. https://www.youtube.com/watch?v=vybUXUhhjdA

 

Ses explorations réussies dans une large gamme de genres musicaux lui valent d’obtenir, parmi une multitude d’autres récompenses, la bagatelle de sept Grammy Awards, glanés dans trois catégories différentes : jazz, pop, et R & B. Ce qu’il est le seul à avoir réalisé.

 

Très discret sur sa vie privée, Al était apprécié de ceux qui l’ont approché pour sa générosité (merci papa), sa fidélité en amitié (George Duke, l’ami de toujours), et sa jovialité (ses éclats de rire retentissants et communicatifs).

 

Viscéralement attaché à la scène et habité d’une insatiable envie de satisfaire un public toujours chaleureux envers lui, Al est probablement allé trop loin. Son concert à l’Olympia en 2015, diffusé par France O au lendemain de sa disparition, laisse une impression douloureuse. La voix a perdu de son volume, le souffle est court, les pas sont comptés. Les musiciens, heureusement, le soutiennent par leur accompagnement autant que par leurs chœurs. Avec leur cœur aussi.

 

Il aurait pu, pour tirer sa révérence, choisir d’aller en studio où, à coups d’arrangements, d’accompagnements, et d’effets, son affaiblissement aurait été moins perceptible. Mais il ne voulait pas tricher, ni avec les autres, ni avec lui-même. Il lui restait encore quelques forces.   Il les a dépensées lors sa tournée 2016-2017, prématurément interrompue alors qu’il était en « état d’épuisement total ». Al a donné sa vie à la musique et à ceux qui en partageaient le plaisir avec lui. Il a été, autant qu’il le méritait, payé de retour.

 

André Manoukian qui assurait sa première partie lors d’un concert en 2016 dit de lui « qu’il avait la grâce absolue et une générosité totale ». Beau compliment. Alwyn (son vrai prénom) nous laisse une œuvre abondante et de qualité qui m’emportera toujours vers des rivages optimistes … marqués désormais d’une once de nostalgie.

L’absence de culture symptôme du mépris politique ? De la subtilité du passé simple

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM