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Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ?

04/07/2015

Mais que diable allaient-ils faire dans cette galère ?

Ras-le-Bol de la télé-réalité ! - Auteur : JH Maisonneuve

Il est inutile de rappeler ici la tristesse ressentie par bon nombre de personnes, et surtout par leurs proches, suite à l’accident survenu en Argentine et au décès accidentel de 3 sportifs de haut niveau ainsi que des membres de l’équipe technique qui les accompagnaient. On ne peut que déplorer ces disparitions et ces pertes humaines.

 

Mais une question se pose : que faisaient-ils, là-bas, ces champions, en participant à l’enregistrement d’une Xième émission de télévision pour une chaîne de télévision dont le caractère commercial et mercantile n’est plus à démontrer ?

 

L'émission devait s'appeler « Dropped », que l'on peut traduire par « lâchés », « parachutés » voire « largués ». Car c'était bien le principe de ce nouveau jeu de télé-réalité que cette chaîne devait diffuser d'ici cet été : deux équipes composées de quatre célébrités étaient lâchées par hélicoptère dans un milieu inhospitalier. Sans nourriture, ni carte, ni boussole, elles devaient survivre et affronter cet environnement inhospitalier.

 

Il n’est pas question de remettre en cause les droits de chacun de disposer de son temps, droits que ces athlètes étaient libres d’utiliser comme ils l’entendaient. Décidément, non : nous sommes encore libres de nos choix de vie et ces champions pouvaient avoir l’activité qu’ils désiraient.

 

Ces sportifs ont le droit de signer un contrat avec qui ils veuillent et proposer leur image au plus offrant, surtout quand leur carrière s’achève et qu’ils doivent s’assurer quelques revenus. La question n’est pas là.  

 

Ce sont les raisons du commanditaire – la chaîne de télévision, en l’occurrence – quant à l’intérêt de cette émission en préparation qui questionnent le plus.

 

La télévision serait-elle vraiment tombée bien bas pour recourir encore une fois à ce type de programme ?

 

Car depuis une dizaine d'années, les émissions de télé-réalité occupent une large place dans les foyers français et de la planète : « Secret Story, Koh-lanta, Surviror, Pekin Express, Fort Boyard... ». Ces programmes de survie mettent les candidats à rude épreuve et quelques tournages se sont terminés trop de fois par des accidents mortels.

Sinisa SAVIJA est tristement célèbre pour avoir été la première victime de la télé-réalité, en 1997, aux Etats-Unis. Ne supportant pas d'avoir été éliminé de « Expedition Robinson » (ancêtre de « Survivor »), le candidat se jette sous un train.

Carina STEPHENSON est quant à elle connue pour être la plus jeune victime de la Real TV jamais répertoriée à ce jour. A 17 ans, cette candidate australienne participait à « The Colony », où des familles contemporaines se retrouvent plongées dans les conditions de vie des colons australiens du XIXe siècle. Deux semaines avant la diffusion du divertissement, la jeune fille succombait à une overdose de médicaments.

En France comme au Pakistan, en Inde et ailleurs dans le monde, la liste des victimes est longue...

Les émissions d'enfermement comptent, elles aussi, leurs lots de drames... Quand les accidents physiques laissent la place aux accidents psychologiques, les dégâts sont parfois plus graves : nous avons eu droit au « Loft », à la « Star Académie », à « The Voice », à la « Nouvelle Star »,  aux « Ch’tis » en vadrouille, à « Nabila » et ses crises, à « Confessions Intimes »… Que sont devenus ces jeunes gens qui participaient à ces émissions d’enfermement ? Loana ? Nabila ? Tout le monde a appris comment certains de ces jeunes gens ont vécu difficilement les suites de ces moments de célébrité éphémère !

Face à la multiplication de ces émissions à risque, la question se pose : le téléspectateur en est-il responsable ? Est-ce lui qui réclame ce genre de programme ou ne fait-il que consommer ce que les « marchands » lui propose ?


Depuis 20 ans, les programmes de télévision se sont brutalement -sans jeu de mot- transformés. La télévision est passée d’une ère « Télé-Famille » à une ère «Télé-Produit » :

- La « Télé Famille » (Jeux sans Frontières, Intervilles, les Dossiers de l’Ecran, le Grand Echiquier, la Une est à Vous…) accompagnait les foyers français dans la recherche du bonheur tranquille, tout au long des Trente Glorieuses. En cela, la « Télé Famille » suivait les habitudes de consommation télévisuelle.


- La « Télé-Produit » - essentiellement depuis les années 80 (La charnière correspond en France à l’émission « Ciel ! Mon Mardi » de C.DECHAVANNE)- vient bouleverser les habitudes des foyers, en imposant des programmes organisés autour du principe de séduction et crée ainsi une rupture dans les habitudes de consommation télévisuelle.

La « Télé Produit » a ainsi généré de nouveaux comportements en consommation télévisuelle.  

Autant la « Télé Famille » confortait les habitudes du foyer, autant la « Télé Produit » a attiré le foyer vers elle en lui imposant un programme qu’il ne cherchait pas spontanément de lui-même. Mais les risques d’une telle approche se sont multipliés, puisqu’elle exigeait du « toujours plus fort, toujours plus haut » et ces risques ont fini par impacter des vies humaines.


Les marchands de télévision maîtrisent très bien ces concepts marketing et leurs soucis premiers n’est plus la proposition d’une télévision de qualité (pédagogique, ludique, enrichissante, bref : humaine) mais l’atteinte d’un objectif financier via audimat, espaces publicitaires très chers payés, chiffre d’affaires, restriction des charges – salaires, sécurité –, rentabilité des investissements, le tout au service du versement de dividendes).

Je préfère de loin voir un jeune Laurent FABIUS, inconnu à l’époque, participer à l’émission « La Tête et les Jambes » en gagnant quelques points par une démonstration de saut d’obstacle à cheval, que d’apprendre le décès par crise cardiaque d’un jeune homme au cours de l’enregistrement d’une épreuve physiquement éprouvante pour l’émission « Koh-lanta ».


Il n’est pas question de jouer le « réac » de service ou de regretter les moments nostalgiques de la « Télé Famille » de notre enfance. Le plus important est de savoir quelle télévision voulons-nous avoir ? Soyons des consommateurs intelligents ! A nous de zapper et de le faire savoir, puisque nos comportements devant le petit écran sont observés et enregistrés.   


Il ne tient ainsi qu’à nous de refuser l’achat de telles émissions qui dégradent la dignité humaine, la santé et la vie humaine. Inutile non plus de prétendre nous réfugier devant une télévision qui permettrait d’exorciser certaines de nos névroses ! Déjà Internet nous propose sa « Grande Foire à tout et n’importe quoi » !

Plutôt que notre envie de consommation à tout crin et tout azimut, remettons la conscience aux commandes, et nous aurons vraiment la télévision que nous méritons.

Et si la télécommande ne suffit plus, il nous reste l’interrupteur « Marche-Arrêt ». 

 

Jean-Henry MAISONNEUVE – le 15 mars 2015

Les Editions du Carillon 

www.editionsducarillon.fr

 

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Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM