Vous pouvez correspondre avec les auteurs des articles en complétant la rubrique "Commentaires" en bas de page

Trop courtes vacances

31/08/2015

Trop courtes vacances

"Nos rêves ne seraient pas aussi beaux sans contraste avec l'ordinaire de l'existence !" - Auteur : Pierre DERUBY

29 juillet 2015 - Allongée au soleil de Rio sur un transat du Copacabana Belmond Palace où elle occupait depuis deux semaines une des 147 chambres du bâtiment principal, Kristel Admunsen savourait ses derniers instants de vacances.

 

Dans quelques heures, il lui faudrait quitter ce paradis. Un taxi la conduirait à l’aéroport Carlos Jobim. Là, elle prendrait le vol de 20 h 32 à destination de Roissy Charles De Gaulle pour y atterrir onze heures plus tard. Ensuite, elle regagnerait Neuilly et son trois pièces de la Place du Général Gouraud. Un appartement plutôt chic, avec ses 56 m² dans une résidence de standing. C’est vrai, beaucoup de ses collègues le lui enviaient. Mais entre les Hauts de Seine et le Brésil ...

 

Elle s’efforçait de chasser de son esprit l’idée du retour. Au diable ces pensées qui l’entraînaient vers un futur qu’elle redoutait, alors qu’un délicieux présent s’offrait encore à elle ? Les combats intérieurs ne sont, hélas, pas les plus simples à mener. Elle n’était pas toujours maîtresse de ce qui agitait son cortex. Et elle le savait. D’ailleurs, aussitôt évacuée la perspective du lendemain, le film de ses vacances prenait la relève en venant se projeter dans son cerveau. A quoi bon lutter contre sa propre imagination quand elle vous invite à revivre des moments agréables.

 

D’ordinaire, elle se complaisait dans une anticipation permanente. Là, elle s’amusait de constater que, impuissante à arrêter la fuite du temps, le passé l’attirait pour une fois davantage que l’avenir. Quoique sur un horizon rétréci.

 

Elle revoyait les images de son excursion en jeep décapotable dans la forêt tropicale de Tijuca. Elle avait adoré le pique-nique « gastronomique » dans ce cadre magnifique où les chants d’oiseaux exotiques se mêlaient aux cris des singes. Joao, l’organisateur, avait bien fait les choses. Il avait attelé au 4 x 4 une remorque contenant une véritable cuisine ambulante. Au menu : soupe de crevettes, feijoada (le plat national, proche de notre cassoulet), brigadeiros (gâteaux au chocolat) et fruits de la passion. Le tout ponctué d’un café comme elle n’en avait jamais bu. Joao, fier du 1er rang mondial de son pays avec ses 4 millions de caféiers, était intarissable et passionnant sur le sujet. Kristel et ses compagnons de circuit avaient autant savouré ses propos que le breuvage.

 

Quelques jours plus tôt, son athéisme ne l’avait pas empêchée de ressentir une forte émotion au sommet du Corcovado. Elle s’était sentie minuscule aux pieds du Christ Rédempteur qui, du haut de ses 38 mètres, semblait embrasser et protéger toute la baie. Et même la ville.

 

Et cette plage de Copacabana où elle se trouvait encore, quelle merveille ! Etirée en demi-lune sur 4,5 kms avec son sable presque blanc et son eau limpide. Elle s’y était baignée plusieurs heures chaque jour. Ici, dans ce lieu où la concurrence entre les plus belles silhouettes se situe très au-delà du reste de la planète, elle s’était surprise à lire du désir dans bien des regards masculins. Sans doute était-ce l’effet de sa différence. De sa blondeur liée à l’origine scandinave de son père, de son teint discrètement halé, de son profil longiligne, de sa poitrine non excessive en parfait équilibre avec le reste de son corps.

 

Des échos de samba lui venaient aux oreilles. Partout, on semblait en répétition permanente pour le fameux carnaval aux rythmes joyeux. Elle avait vu en février, dans un reportage télé, l’allégresse collective des danseuses, musiciens et public de tous âges et toutes conditions sociales confondues. C’est ce qui l’avait décidée à partir là-bas.

A ce rêve devenu un temps réalité, il allait désormais falloir renoncer. Et l’idée de ce renoncement la ramenait bien vite vers cet après qu’elle s’évertuait à fuir.

 

Cette fois, le charme en elle était rompu. Elle imaginait déjà les conséquences du décalage horaire et l’appel téléphonique qu’Arnold Bonnet, son Directeur de Région, ne manquerait pas de lui passer dès le lundi de sa reprise, à huit heures tapantes. Directrice de l’agence GMF de Vincennes, c’est sur son intervention qu’elle avait obtenu ce poste. Il avait su détecter son mérite. Elle lui en savait gré, tout en étant partagée envers lui entre estime et agacement. Car l’homme, compétent et bon manager, était aussi dominateur et manipulateur. Il la titillait sans arrêt en l’appelant Sylvia, en référence à l’actrice héroïne d’Emmanuelle dont le patronyme correspondait au prénom de Kristel. Pour ne pas entrer dans son jeu, elle n’avait pas bronché. Jusqu’au jour où il s’était permis de l’interpeler comme ça devant son équipe. Elle lui avait clairement fait sentir qu’il avait franchi la ligne jaune. Depuis, il ne s’autorisait plus cette familiarité qu’en bilatéral.

 

Il faudrait aussi à nouveau se lever à 6 heures, aller chercher la voiture parquée dans un box d’une rue voisine, garder son calme dans les embouteillages, et remettre ça le soir. Sans parler de toutes les tâches ménagères que, vivant seule, elle devait assumer. Il lui fallait bien ses deux séances hebdomadaires de yoga pour supporter ce rythme infernal si loin du rythme jovial de Rio.

 

Tout cela lui paraissait soudainement minable à côté de la plénitude dans laquelle elle venait d’évoluer. Pourtant, c’était son quotidien, il lui fallait bien l’admettre. Et de fait, elle l’admettait en se disant qu’il faut savoir vivre pleinement ses rêves. Et qu’ils ne sont aussi beaux que par contraste avec l’ordinaire de l’existence. C’est un peu ce que dit aussi Jean d’Ormesson, notre grand académicien, quand il affirme : «  C’est parce qu’il y a la mort que nos vies peuvent être belles ».

 

Pierre DERUBY

Libre penseur

1er septembre 2015

Louis XIV : 300 ans déjà ! A chacun son Tour !

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM