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Everest !

10/02/2015

Everest !

Jusqu'où toucher le ciel en conservant les pieds sur terre ? - Auteur : Pierre DERUBY 

S’il faut une échelle au couvreur pour monter sur un toit, nul ne s’étonnera que l’alpiniste en utilise plusieurs pour atteindre celui du monde. Outre l’altitude, la différence essentielle entre les deux ascensions se situe dans le fait que le premier met son ensemble de barreaux dans une position proche de la verticale, tandis que le second assemble les siens à l’horizontale pour franchir des crevasses.


Le « toit du monde », vous savez, c’est ce massif himalayen dont le sommet est à 8 850 m (dernière mesure officielle), à la frontière entre Népal et Tibet. Nous le connaissons sous l’appellation de Mont Everest, du nom d’un géographe britannique considéré comme le premier à avoir fait figurer ce point culminant en cartographie. Mais les dénominations attribuées par les peuples locaux ont plus de sens à mes yeux. Les tibétains l’appellent Chomolungma, qui signifie « déesse mère de la terre », et les népalais l’ont baptisée Sagarmatha, « la montagne dont la tête touche le ciel ». Donner le nom d’un homme, quel que soit son mérite, à une telle merveille de la nature, relève d’un manque d’humilité dû à nos chers voisins anglais. Les spécialistes occidentaux de l’aventure parlent plus volontiers de « 3ème pôle », ce qui s’admet  tout à fait au plan de la sémantique, le plus proche synonyme du mot pôle étant celui d’ « extrémité ».

 

Pourquoi parler de l’Everest aujourd’hui ? Parce qu’il s’est inscrit depuis quelques jours dans l’actualité cinématographique, avec la sortie sur écran de l’excellent film du réalisateur islandais Baltasar Kormakur. Sans le dire explicitement, ce long métrage s’inspire du livre de Jon Krakauer (*) « Tragédie à l’Everest ». Il relate avec beaucoup de réalisme et de sensations fortes l’expédition tragique, survenue en 1996, de deux équipes d’alpinistes tentant d’atteindre le plus haut sommet du monde. S’il ne grelotte pas, confortablement installé dans son fauteuil, le spectateur n’en ressent pas moins quelques frissons grâce à la qualité des prises de vue et de la sonorisation. Forcément ému, il ne peut manquer de s’interroger sur les raisons pour lesquelles des hommes risquent leur vie dans ce genre d’entreprise.

 

Quand un journaliste lui demande pourquoi il tient tant à conquérir l’Everest lors d’une conférence de presse en 1923, l’alpiniste anglais George Mallory, lassé de s’entendre toujours poser la même question répond : « Parce qu’il est là ». Réplique simple, bien dans la tradition flegmatique des britanniques.

 

Mais pourquoi est-il là justement ? Comment une montagne a-t-elle pu atteindre une telle altitude ? Le mystère a été éclairci  récemment : il y a 50,5 millions d’années, le sous-continent indien est venu, après une longue dérive, heurter l’Asie. A une vitesse qui nous semble dérisoire, et qui est pourtant extrêmement rapide à l’échelle géologique (30 cm par an). C’est cette énorme collision qui a entraîné un gigantesque plissement terrestre et donné naissance à la chaîne de l’Himalaya sur une longueur totale de 2 800 kms.

 

Bref, revenons à Mallory. Même s’il n’a (peut-être ?) pas atteint le sommet de l’Everest, l’homme en est indiscutablement l’un des pionniers. Il participe à la première tentative réalisée par une équipe britannique en 1922, via le versant nord, au Tibet. Après avoir atteint l’altitude de 8 230 m, celle-ci doit renoncer suite à une avalanche qui emporte dans la mort sept porteurs tibétains. L’expédition suivante a lieu en 1924.

 

Un nouveau record d’ascension est établi à 8 572 m par Félix Norton (sans oxygène). A son retour au camp, George Mallory et Andrew Irvine prennent le relais pour un nouvel essai, équipés de bouteilles d’oxygène pour faire face à sa raréfaction à ce niveau d’altitude. Ils n’en reviendront pas. La découverte du corps congelé de Mallory en 1999, à 8 290 m, laisse planer le doute sur le fait qu’il ait atteint ou non le sommet avec son compagnon. Leurs appareils photos, âprement recherchés, n’ont jamais été retrouvés.

 

Plusieurs autres tentatives échouent sans même pouvoir égaler le record de Norton. Il faut attendre 1953 pour voir enfin deux hommes, le néo-zélandais Edmund Hillary et le sherpa népalais Tensing Norgay, se hisser sur le toit du monde. En passant cette fois par le Népal, la voie tibétaine étant fermée suite à l’invasion chinoise. Voila ce qu’il fallait dire pour honorer la mémoire de ces êtres aux capacités et au courage exceptionnels qui ont ajouté une ligne prestigieuse au grand livre des conquêtes humaines.

 

Mais l’essentiel de mon propos vise davantage ce qui suit. Que d’autres alpinistes expérimentés aient été tentés de relever à leur tour ce défi me semble tout à fait légitime. Certains de nos compatriotes s’y sont d’ailleurs illustrés, Pierre Mazeaud et Jean Afanasieff notamment, auteurs en 1978 de la « première » française, faisant suite à leur échec de 1971.

 

Ce qui l’est moins, c’est cette véritable invasion dont l’Everest fait l’objet depuis les années 1980. Au lendemain de l’exploit d’Hillary et Norgay, des amateurs toujours plus nombreux, et toujours plus amateurs, ont voulu inscrire leur nom sur la liste des vainqueurs du géant. A fin 2012, plus de 20 000 personnes ont essayé de relever le défi. Plus de 6 000 y sont parvenues. La liste des records en tout genre n’en finit pas de s’allonger : 1ère femme, ascension la plus rapide, plus jeune, plus âgé, 1er en solitaire, temps le plus long au sommet. Même les handicapés s’y mettent : un manchot, un aveugle, un homme aux jambes en titane. En raison d’une météo souvent insupportable et toujours incertaine, les créneaux pendant lesquels l’ascension est envisageable sont très étroits. Du coup, tous les volontaires se pressent en même temps sur les pentes himalayennes, provoquant embouteillages et files d’attente. L’occasion pour eux de prendre conscience d’un autre record. Celui des victimes. Près de 250 personnes sont mortes en tentant d’accéder au sommet. Et pour la moitié d’entre elles environ, leur dépouille est restée sur la montagne. On enjambe des cadavres à l’Everest pour aller chercher son nirvana.

 

Le toit du monde n’est pas qu’un cimetière, c’est aussi une décharge. Les escaladeurs, soucieux d’alléger leur fardeau pour mieux s’élever, se défaussent en chemin de tout ce qui les embarrasse. A tel point que les autorités népalaises imposent désormais à chaque alpiniste de redescendre avec au moins 8 kilos de déchets. Sachant que pour obtenir le « permis d’ascension », il faut déjà verser 11 000 dollars par personne aux autorités népalaises (avant 2014, c’était 25 000), ce statut obligé de grimpeur-éboueur ne raréfie pas pour autant les candidats. Beaucoup de détracteurs s’insurgent contre cette exploitation financière orchestrée par le gouvernement du pays. C’est oublier que le Népal est un des pays les plus pauvres de la planète (2 370 dollars de P.I.B. par habitant, contre 38 800 en France et 54 600 aux U.S.A.) et qu’il n’est pas scandaleux qu’il ait vu là l’occasion d’améliorer sa situation. D’autres le font aussi avec les ressources polluantes de leur sous-sol. Chacun se débrouille avec ce dont il dispose.

 

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour demander qu’une période de repos soit accordée à l’Everest en interdisant son accès pendant quelques années avant de le rouvrir dans des conditions très sélectives. J’y ajoute la mienne, en toute modestie, considérant que mes semblables peuvent trouver ailleurs le lieu des exploits et du dépassement d’eux-mêmes dont ils rêvent.

 

*Jon Krakauer est un journaliste américain qui a participé à l’expédition de 1996. Il est interprété dans le film par Michael Kelly.

 

Pierre DERUBY

Libre Penseur

03/10/2105

La force de persuasion de l'image Un autre regard sur l'automne

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM