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BREL, Jacques

10/09/2015

BREL, Jacques

Non Jacques, t’es pas tout seul. On n’oublie rien de rien, et surtout pas toi ! - Auteur : Pierre DERUBY

9 Octobre 1978 : Grand Jacques nous tire sa révérence. A 49 ans, il achève une vie qu’il a voulue trépidante, d’une rare intensité, comme s’il pressentait sa mort prématurée.

 

James (Dean) avait la fureur. Jacques, lui, avait la rage, la rage de vivre. C’était son crédo, le message qu’il nous délivrait à tous : « Vis à fond. On vieillit bien trop vite. La sagesse, ce sera pour quand on sera dans le trou ».

 

Contrairement à son vœu, on ne rit pas, on ne danse pas. Il avait encore tant à nous donner, à nous son public, et à ceux qui avaient la chance de le côtoyer. Avec lui, je n’arrive pas à dire si c’est l’artiste ou l’homme que j’admire le plus. Une chose est sûre : dans les deux cas, le curseur est très haut.

 

Auteur, compositeur, chanteur, acteur (cinéma), comédien (théâtre), réalisateur. Tout cela n’est jamais que la facette artistique du personnage. Dans tout ce qu’il fait, il s’implique totalement en y mettant les deux ingrédients les plus forts dont il dispose : son énergie et son immense talent.

 

Ses textes sont remarquables. Il écrit autant avec son cœur qu’avec son intelligence des histoires de gens simples auxquels il donne de la grandeur au travers des sentiments qu’ils expriment. C’est un hypersensible, un écorché vif. Ses descriptions sont imagées (ça sent la morue jusque dans le cœur des frites), ses expressions fleuries (une trois quart putain). Et quand les mots de cette langue qu’il manie si bien ne suffisent plus à formuler ce qu’il veut dire, il en invente (s’embigoter, bruxeller). Il se met, lui aussi, dans ses chansons, pour parler de son enfance, de ses amours, de sa mort, de son ami Jojo. Ses paroles le font passer allègrement du rire aux larmes avec la volonté de nous entraîner dans son amusement, dans ses émotions. Si bien qu’on peut dire de lui qu’il émarge dans la catégorie peu fournie des poètes truculents, égratigneur à l’occasion de quelques cibles choisies (les bourgeois, les flamandes). Il aurait sans doute pu être un écrivain génial, mais il ne l’a pas voulu. Il n’avait pas le temps, et trop à dire, trop à faire.

 

Il est, dans les premiers moments de sa carrière, le compositeur exclusif de ses musiques. Il s’accompagne lui-même à la guitare dans un style un peu « catho » qui lui vaut d’être surnommé « l’abbé Brel » par  Georges Brassens, lequel deviendra plus tard son ami. Puis il collabore avec deux pianistes : François Rauber et Gérard Jouannest. C’est ce dernier qui l’aide à finaliser la mélodie de « Ne me quitte pas » à laquelle Jacques n’arrive pas à donner toute sa dimension sur son instrument. Merci Gégé. Sur scène, la notoriété venue, il s’entoure d’autres musiciens. Comme l’accordéoniste Marcel Azzola qui montre toute sa virtuosité dans la ritournelle de « Vesoul », encouragé par le fameux « Chauffe Marcel » que Jacques lui lance, faisant passer l’expression dans le langage courant.

 

Sur scène, il enflamme les salles en habitant ses personnages. Avec ses expressions faciales, ses gesticulations, c’est tout son corps qui chante, tandis que sa bouche articule les mots comme aucune autre. Sa sincérité, sa gravité, sa fantaisie, l’emmènent d’un bout à l’autre de son répertoire dans un don total de lui-même, jusqu’à l’épuisement.

 

Avant chaque concert, terrassé par un trac qui traduit sa volonté d’être constamment au meilleur niveau, il vomit. Il vomira pendant 15 ans, enchaînant gala sur gala. Ses spectacles sont autant de marathons qu’il ne peut prolonger la ligne d’arrivée franchie. L’auditoire a beau le rappeler debout, suppliant, il ne repasse le rideau que pour saluer, pour remercier. Il ne peut plus chanter. Il n’en a plus la force. Il va si loin qu’il arrête définitivement les tournées en octobre 1966, à 37 ans, au sommet de sa gloire. A ceux qui lui demandent plus tard s’il reviendra un jour à l’Olympia qu’il a si souvent embrasé, il répond qu’il n’a pas davantage l’intention de refaire sa première communion. Il n’est pas de ces « stars » qui annoncent leur départ tout en préparant leur retour.

 

Heureusement, il n’en a pas totalement fini avec la chanson. Il retourne en studio où il peut travailler comme il ne l’a encore jamais fait orchestrations et arrangements sur des textes toujours plus évocateurs (« Les marquises », « Les remparts de Varsovie »).

 

Au cinéma aussi, il aurait pu faire une grande carrière. Mais là encore, il n’a pas le temps, il doit passer à autre chose. Quand même, pour apprécier l’étendue de son registre, il suffit de revoir « Les risques du métier » et « L’emmerdeur », deux de ses prestations les plus marquantes.

 

Il est temps de parler de l’homme, en dehors de ses performances publiques. Pas pour évoquer sa vie sentimentale et familiale. Ce terrain là n’appartient qu’à lui. Non, plutôt pour tenter de cerner ses convictions, ce qui le guidait dans son existence. Cette matière, il faut aller la chercher dans les nombreuses biographies qui lui ont été consacrées. Et, plus encore, dans les entretiens télévisés qu’il a eus avec les regrettés Denise Glaser et Jacques Chancel qui savaient, mieux que personne, faire parler les vedettes. Pour lui, l’homme a un destin qu’il doit assumer en faisant, parmi ce qu’il sait faire, ce qui peut le plus profiter aux autres. On sent qu’au fond de lui, il pense avoir agi en respectant ce principe généreux. Mais comme il est à la fois sceptique et insatisfait, nul doute qu’il aurait aimé faire beaucoup plus. Ce qui révèle bien son humilité. Une humilité qu’on aurait tort de prendre pour de la fausse modestie. Car Jacques est indiscutablement sincère. Quand il dit : « C’est quoi Brel à côté de Curie ? », il ne cherche pas à plaire. Il dit ce qu’il pense vraiment. Au travers de ce qu’il exprime dans ces différents échanges, on sent chez lui une dimension intellectuelle, philosophique. Des mots qu’il renierait, les jugeant surévalués pour lui. Et pourtant ...

 

Et les rêves ? Un mot qui prend un sens magique dans sa bouche. Il faut en avoir beaucoup pour en réaliser un peu. Pas surprenant qu’il ait interprété Don Quichotte au théâtre.

 

Se sachant condamné par son incorrigible addiction pour la cigarette, il termine ses jours sur l’île d’Hiva Oa. Au milieu des habitants qui vivent là dans une grande simplicité, il est heureux, apaisé enfin. Depuis quelques années déjà, il a passé son brevet de pilote et s’est acheté un petit avion. Du coup, il se met au service de la population locale pour amener le courrier et assurer le ravitaillement à partir des terres voisines. C’est tout lui, généreux, chaleureux. Exceptionnellement humain.

 

Pierre DERUBY

Libre penseur

7 octobre 2015

Immigration porteuse d'avenir Contrôle fiscal : modes opératoires

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM