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Nous sommes riches de notre français

04/01/2016

Nous sommes riches de notre français

J’aime passionnément ma langue - Auteur : Pierre Deruby

Je ne sais pas vous, mais moi j’aime passionnément ma langue. Je ne parle pas de l’organe composé de 17 muscles qui loge entre mes maxillaires et me permet d’avaler ma salive environ 2 000 fois par jour. Je parle de celle, faite de mots, que nous étions quelques 274 millions de locuteurs à partager, fin 2014, sur un vaste espace géographique baptisé Francophonie.

 

Respectant les usages courants, je la qualifie volontiers de langue maternelle. Par conformisme, pour ne pas dire par soumission. Mais le libre penseur que je suis préfère les termes de langue natale, ou langue parentale, plus conformes à la réalité. Pourquoi s’en priver, puisque qu’elle nous offre des mots appropriés ?

 

Le Français, comme les 6 000 autres langues vivantes actuellement utilisées sur la planète – dont plus de la moitié ne sont qu’orales -, est un inestimable trésor. Comment, en effet, pourrions-nous penser, parler, écrire, si nous ne l’avions pas ? Que serions-nous sans cette part de nous-mêmes indispensable à notre vie intérieure, notre vie relationnelle, et finalement notre épanouissement ?  Des primates dominés par d’autres espèces, assurément.

 

Construit au fil des siècles sur de solides bases latines, le français représente un patrimoine commun que chaque génération reçoit en héritage. Charge à elle de l’adapter aux changements de son époque en gérant avec soin des sorties, des entrées, des transformations. Préserver sa richesse, sa beauté, et son rayonnement à travers le monde relève d’une responsabilité collective qui, malheureusement, n’est pas suffisamment encouragée. Voyons un peu.

 

La richesse dont je parle va bien au-delà des dizaines de milliers de mots entassés dans les différents dictionnaires (Littré, Larousse, Robert, ...). Il y a aussi ceux que les évolutions de toutes sortes et la pratique introduisent, et qui ont vocation à entrer dans les ouvrages précédents. Plus d’autres, de type mercenaire, les barbarismes, que certains inventent en se faisant spontanément comprendre (comme le s’embigoter de Jacques Brel, ou la bravitude de Ségolène Royal). La richesse, c’est aussi la grammaire, l’orthographe, la syntaxe, les expressions, les dictons, l’étymologie, la rhétorique, la sémantique, la linguistique, et j’en passe. Une abondance qui crée une connivence entre ceux qui l’utilisent, même si ce n’est pas toujours à bon escient. Déformer les expressions connues devient d’ailleurs un sport national qui alimente l’humour à la française.

 

Sa beauté s’exprime au travers de textes bien ciselés avec un vocabulaire judicieusement choisi. Lire ou relire  les écrits de grands auteurs du XVIIème ou du XVIIIème est souvent source de délice. Nous sommes là au sommet de l’élégance de la langue, pratiquée par des défenseurs cherchant à en exprimer toute la grâce, et non à céder à la démagogie d’un parler facile et populaire. C’est toutefois dans la poésie et la chanson que l’esthétisme du français est le plus patent. Comme l’italien, le portugais, et d’autres, il développe des sonorités mélodieuses lorsqu’on le met en vers ou en musique. Ce qui n’est pas le cas de toutes les langues. Celle de nos voisins d’Outre-Rhin, par exemple. S’ils ont, certes, Goethe et Heine, leurs lieder sont plus présents sous les chapiteaux des Oktoberfesten que dans les charts internationaux.

 

Son rayonnement à travers le monde n’est plus ce qu’il était au XVIIIème siècle, avant que la France de Louis XV ne soit privée,  par les anglais, de la plupart de ses conquêtes extérieures. Par contrecoup, elle a aussi  perdu sa suprématie dans les échanges diplomatiques. Mais elle a encore de beaux restes qu’illustrent les classements mondiaux suivants : 5ème langue la plus parlée, 4ème langue d’internet, 3ème langue des affaires, 2ème langue d’information internationale, 2ème langue de travail de la plupart des organisations internationales. Enfin, et c’est peut-être sa plus grande chance pour l’avenir, 2ème langue la plus apprise.

 

J’en viens maintenant à la responsabilité collective évoquée plus haut. Délicat sujet sur lequel, comme pour d’autres relevant de la même logique (je pense notamment à la pollution), il n’est pas facile de convaincre. Qu’est ce qu’une responsabilité collective si ce n’est une somme de responsabilités individuelles ? Le français de demain, n’en doutons pas, sera d’abord ce que vous, moi, et tous ceux qui l’utilisent et l’alimentent en auront fait. Plus marginalement, il sera aussi ce que les instances qui veillent sur lui auront souhaité. Beaucoup, pourtant, pensent le contraire, dans un pays où l’Etat est trop considéré comme responsable de tout.

 

La mondialisation et les mouvements migratoires qui l’accompagnent exposent notre langue à une sorte de métissage. De même qu’elle est ouverte à la pénétration, exagérément dénoncée, des anglicismes issus de la langue universelle dont le monde a besoin. Et alors ? Pour certains, c’est un appauvrissement, pour d’autres un enrichissement. En cette matière comme en tant d’autres, il faut garder le sens de la mesure. La vérité se situe entre les deux, dans un contrôle des excès. En veillant à ce qu’un vocable étranger ne prenne pas la place d’un vocable français de même signification. Et en essayant de franciser les mots de source extérieure qui peuvent l’être raisonnablement. Les anglicismes ne sont pas nécessairement des envahisseurs contre lesquels il faut lutter comme Jeanne d’Arc en son temps contre nos voisins d’Outre-Manche.

 

Claude Hagège, linguiste réputé, le dit : « le pourcentage de mots d’origine anglaise ou américaine  dans notre langue ne dépasse pas 10%. Toutefois, comme ils sont beaucoup utilisés par les médias et les grands vendeurs, nous y voyons une invasion qui fait illusion ». Ajoutons-y le snobisme ridicule de quelques-uns et le problème est ramené à sa juste proportion.

 

Voila donc un périmètre plus précis de responsabilité : médias, annonceurs, et tous ceux qui s’adressent à un public par la parole ou la plume. Nous pensons bien sûr à l’Education Nationale qui a la mission d’enseigner le français aux enfants de nos écoles. Mais l’entourage familial n’a-t-il pas aussi un rôle à tenir ? La majorité des gens utilise en moyenne 3 000 mots sur les 60 000 que contiennent les meilleurs dictionnaires. Avec un petit effort quantitatif et qualitatif de chacun, le français ne serait-il pas mieux préservé et défendu ?

 

N’allons pas chercher les gardiens du temple ailleurs qu’en nous-mêmes. L’Académie Française, dont le dictionnaire et les prix littéraires n’ont pas l’audience de ses concurrents, n’a aucun pouvoir légal en la matière. Les Immortels ont beau déployer leur zèle (pas leurs ailes !), qui les écoute ?  Erik Orsenna, l’un des quarante, n’a pourtant pas ménagé sa peine en consacrant cinq ouvrages à notre grammaire sous une forme ludique. Quant au Ministère de la Culture, il n’a pas davantage la maîtrise du sujet. Face à une Organisation Internationale de la Francophonie qui regroupe 77 états, il ne peut prétendre  imposer ses volontés.

 

Finalement, notre langue peut sembler ne plus nous appartenir. Mais elle est encore bien vivante et en pleine croissance, aujourd’hui essentiellement grâce à la zone africaine qui lui est restée fidèle, comme les Québécois, les Wallons, les Romands, les Haïtiens, ...  Ne serait-il pas dommage que sur cette fibre identitaire, ils soient plus méritants que nous ne le sommes ?

 

Pierre DERUBY

Libre penseur

04/01/2016

ON SAIT TOUT... Bonne et heureuse année 2016 à tous !

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM