Vous pouvez correspondre avec les auteurs des articles en complétant la rubrique "Commentaires" en bas de page

LA TERRE EN PARTAGE

02/07/2016

LA TERRE EN PARTAGE

"Une nouvelle alliance est encore possible" (Jacques PERRIN) - Auteur : Pierre DERUBY

Il y a trois siècles, Jean de La Fontaine se demandait, par lapin et belette interposés, si la terre appartenait au premier ou au dernier occupant.

 

C’est un peu la même question que soulève le tandem des deux Jacques presque frères Perrin et Cluzaud, dans sa dernière réalisation : Les Saisons (venant après Le Peuple Migrateur en 2001, et Océans en 2010). Sauf que le concept de terre n’est pas identique dans les deux approches. Dans la première, c’est un simple lopin (le lopin du lapin). Dans la seconde, c’est la planète entière. Quant aux acteurs, Jeannot Rabbit est remplacé dans cette seconde version par le règne animal, et Dame Belette cède sa place à l’humanité.

 

Pour bien situer l’histoire, il est nécessaire de poser quelques ordres de grandeur. Celle de la terre (l’histoire) a commencé il y a environ 4,5 milliards d’années. Une dimension qui dépasse l’entendement dont est capable notre fragile cerveau. Qu’à cela ne tienne, nous pouvons l’aider à se repérer, en ramenant cette mesure du temps géologique à une journée de 24 heures. Moyennant quoi, l’apparition du premier organisme multicellulaire se situe à 21 h 06, celle du premier reptile à  22 h 20, celle du premier primate à  23 h 40, et celle du premier hominidé (Toumai, il y a 7 millions d’années) à 23 h 59’ 30’’. A ce stade nous sommes encore loin, très loin, avec notre perception réduite, du début de l’épopée que nous content les deux complices : la fonte des glaciers, il y a 12 000 ans. Toutefois, ramené à notre courte échelle de référence, leur propos n’occupe que ... les deux dernières secondes de la journée. Oups !

 

Et pourtant, quelle œuvre, et simultanément quels ravages, notre espèce n’a-t-elle accompli en un si bref laps de temps !

 

Pour envisager la suite, nous pouvons revenir aux données réelles, relativement aisées à appréhender sur seulement 120 siècles. En précisant que l’espace géographique présenté dans le film est celui de l’Europe dont la population à cette date approximative de - 10 000 avant J.C. était d’environ 200 000 habitants, soit 3 700 fois moins qu’aujourd’hui ... et ce, sur un territoire de l’ordre de 10 millions de km² (je vous laisse calculer la densité), soit 7% des terres émergées de la planète. 

 

Il y a 12 000 ans, donc, ce beau fief ressemblait à un éden recouvert de forêts et d’une végétation luxuriante et généreuse. Au commencement, les animaux, des plus paisibles aux plus féroces, y vivaient selon leurs lois. Par la magie du cinéma, nous sommes entraînés à leurs côtés dans des séquences alternant tranquillité et impétuosité. Près du lièvre et du castor, par exemple, qui vont et viennent dans leur quiétude besogneuse.

 

Tandis que des loups aux babines retroussées, montrent leurs crocs à la poursuite de sangliers ou de chevaux, dans une course impressionnante de vitesse, de fracas, et de cris dont l’aboutissement  victorieux nous est épargné dans ses détails cruels. Les renards, eux aussi chassés par les mêmes prédateurs, nous invitent dans l’intimité de leur tanière où, réfugiés, ils s’adonnent d’emblée à leurs jeux. Puis ce sont des bisons, pitoyables colosses, qui fuient sous les assauts répétés de nuées d’insectes piqueurs. Bref, ...

 

Dans ces anciennes forêts européennes, une sorte de loi de la jungle s’est imposée au sein du milieu animal dans un environnement quasi-paradisiaque. A peine troublée par la présence de quelques humains qui, ne se satisfaisant plus d’être cueilleurs, décident d’améliorer leur ordinaire grâce à la chasse. C’est une des rares fois où le film nous les montre. Nous ne les apercevrons qu’en deux ou trois autres occasions, comme pour marquer les principales étapes de leur invasion. Lors d’une chasse à courre médiévale, ou à proximité d’une grande cité actuelle jouxtant un maigre espace boisé. Point n’est besoin d’enfoncer le clou. Montrer beaucoup, suggérer autant, en en disant le moins possible, telle semble être la ligne directrice des réalisateurs. Les images somptueuses, le son, les bruits de la nature, suffisent à nous plonger dans ce monde révolu. Les rares commentaires prononcés par la voix chaude et grave de Jacques Perrin ne sont là que pour nous aider à situer quelques moments clés. Pas de discours alarmiste ou moralisateur. C’est au spectateur de tirer les enseignements de ce qu’il voit et de ce qu’il entend.

 

Nous voyons et devinons qu’au fil des siècles, l’homme, fort de son exponentielle reproduction, envahit progressivement le territoire des autres, en même temps qu’il les en chasse. Avec l’agriculture, avec l’urbanisation, sa boulimie d’espace l’entraîne toujours plus loin. A la fin du film, Jacques Perrin nous quitte pourtant sur une note d’espoir : « L’homme et les animaux ont vécu une longue et tumultueuse histoire commune. A l’aube de ce nouveau siècle, une nouvelle alliance est encore possible ».

 

Dans la presse, interviewé sur ses intentions, il répond : « J'aimerais que mon film soit vécu comme une prise de conscience, parce qu'il n'est pas trop tard pour agir. Je suis persuadé qu'il faut montrer le beau pour créer l'envie de le défendre. Je manie plus la carotte que le bâton ». Et c’est vrai qu’il s’y prend avec beaucoup de pudeur pour nous convaincre, car il y aurait beaucoup à dire sur les mauvais traitements que le genre humain inflige aux autres espèces. De la chasse à l’abattage industriel, en passant par la domestication, les expérimentations sur cobayes, l’enfermement dans les zoos,  parcs d’attraction, cirques ou arènes pour nous divertir, l’utilisation de leur peau pour nous vêtir, de leurs organes pour nous soigner, de leurs corps en totalité ou en pièces détachées pour décorer nos intérieurs ...

 

Tous les ans, 60 milliards d’animaux terrestres et 1 000 milliards d’animaux marins sont tués pour notre consommation. Souvent au mépris de leurs souffrances pour mieux privilégier la rentabilité. Plus les populations s’enrichissent, plus elles mangent de la viande : un français en mange 85 kg par an, un américain 120 kg, un indien 2,5 kg. Moyennant quoi, l’homme précipite sa propre disparition, car avec 14.5% des émissions de gaz à effet de serre, la production de viande contribue plus au réchauffement climatique que l’ensemble du secteur des transports. Ce n’est pas tout, selon la F.A.O., l’élevage est responsable de 70% de la déforestation actuelle et assèche considérablement nos réserves en eau douce.

 

A valeur énergétique égale, la production de légumes et de céréales – dont beaucoup sont riches en protéines -nécessite infiniment moins de besoins en surface, en eau, et pollue infiniment moins que la production animale. La raison du plus fort est-elle toujours la meilleure ? Les dérèglements atmosphériques, typhons, tsunamis, séismes, etc ..., nous apporteront peut-être la réponse avant que nous ne soyons 10 milliards.

 

Pierre DERUBY                                       Libre penseur                                         8 février 2016 

Réactions au billet de Pierre DERUBY - La Terre en partage Réactions de lecteurs au billet sur C. TAUBIRA

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM