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Césars 2016

28/02/2016

Césars 2016

Un millésime remis à Flo - Auteur : Pierre DERUBY

Le hasard d’un zapping intempestif m’a valu d’assister ce vendredi à la 41ème cérémonie des Césars. Il y avait un bail que ça ne m’était pas arrivé. La dernière fois, c’était en 2001. J’avais, ce soir là, découvert avec régal Edouard Baer que je ne connaissais pas malgré son statut de maître de cérémonie révélant – à ma grande honte – une notoriété déjà bien accomplie. Ce que c’est que l’inculture tout de même !

 

Cette année, le rôle était tenu par Florence Foresti dont le visage, et même le reste du corps, m’étaient plus familiers. Avant tout humoriste et parfois imitateuse (!), cette électro-brune sait aussi être comédienne à ses heures. N’empêche, ceux qui l’ont choisie ne se sont pas fourvoyés tant la bistrée du casque s’est montrée à la hauteur de la tâche. Evidemment, les apparences d’improvisation qu’elle a su – à plusieurs reprises – donner à sa prestation n’étaient qu’un leurre. Tout était minutieusement réglé et calculé. Comme lorsqu’elle interpelle avec une aimable impertinence la maire de Paris (« reine de la night ») et la nouvelle Ministre de la Culture (« qui ne finit pas une soirée sans faire la chenille ») dans le but d’attirer les caméras sur leurs visages. Disons que c’était probablement dans le cahier des charges qu’elle avait reçu.

 

J’ai davantage retenu ses railleries sur le public présent (« froid lui ? Regarde moi cette bande de fanfarons, c’est la bande à Basile ») et ses saillies sur les membres de l’académie (les votants) heureux bénéficiaires d’un lot de DVD qu’ils peuvent ensuite revendre facilement sur le bon coin. Sans même les avoir visionnés, comme elle le suggère dans un sketch avec deux comparses membres du jury mimant l’embarras sous le feu de ses questions. Avant de remettre les pendules à l’heure : « meilleur film, meilleure actrice, [...], non, film préféré, actrice préférée [...] ».          Chapeau aussi pour son autodérision quand elle se livre à une savoureuse comparaison entre césars et oscars : « t’imagines, avec un budget de 30 millions de dollars, déjà je ne me serai pas prise, ou j’aurai fait de la chirurgie esthétique. Moi, ce soir je vais vous faire des blagues à 150 balles, 175 si j’ai des fulgurances ». Bref, une mosaïque de séquences qui ont beaucoup fait rire le public aussi bien que les sous-privilégiés cantonnés à leur vision sur écran. Du direct tambour battant sur scène et des vidéos, dont la première juste après le très beau générique, lui faisait donner la réplique à des célébrités dans des parodies de films cultes. Bravo Flo pour ce show ! La barre est haut placée pour celui ou celle qui prendra la relève l’an prochain.

 

Après elle, nous avions vu sous les projecteurs un Président, Claude Lelouch, étonnant de jeunesse et d’aisance à 78 ans. Malgré son peu d’appétit pour les mondanités, nous l’avons senti heureux de venir déclarer, tout fort, son amour pour le cinéma « auquel il croit plus qu’à tout le reste » et de « rendre hommage à tous les oubliés des Césars qui eux aussi font des bons films ».

 

Parmi les autres escaladeurs d’estrade de la manifestation, il faut distinguer les remettants ou remetteurs de récompenses, et les lauréats. Ne parlons pas des autres nominés frustrés qui n’ont eu que ce qu’ils méritent (!) : un bref balayage de caméra.

 

On pouvait attendre des premiers cités, pour qui l’enjeu était quand même moindre, une sérénité, une originalité qui, pour beaucoup, leur a fait défaut. Car, prévenus de leur sélection, il n’y avait pour eux, ni effet de surprise, ni intense émotion. Las, il a fallu attendre un Jérôme Commandeur en grande forme pour sortir de la platitude. D’entrée de jeu, il enflamme la salle : « Là, je vois vos regards et vous êtes en train de vous dire : tiens, il y a eu un désistement [...]. Pas faux [...] », avant d’enchainer sur un hommage à un réalisateur chinois fictif. Drôle, très drôle. Patrick Bruel aussi, s’en est bien sorti. Comme Audrey Lamy audacieuse, avec sa reprise pastichée a capella d’une chanson de Lara Fabian. Tout le monde aura frémi, j’imagine, en voyant la tête d’Emmanuelle Béart que les frères Bogdanov, par leur mimétisme, ont de plus en plus envie d’appeler Sœur Emmanuelle. Si vous êtes tentés par la chirurgie esthétique, ne leur demandez pas leurs références.

 

Sur les Césarisés, une mention spéciale doit être accordée à Michael Douglas, récompensé pour l’ensemble de sa carrière. Un beau discours, en beau français, agrémenté d’un zeste d’accent au charme U.S. La salle ne s’y est pas trompée, qui lui a réservé une standing ovation amplement méritée. Pour les autres, bénis soient les organisateurs qui avaient fixé une limite de 2 minutes à leurs remerciements, car nous avons eu droit à une avalanche de Merci à Pierre, Merci à Paule, Merci à Jacques [...] que nous ne connaissons même pas. Hormis cela, nous n’avons pas entendu grand-chose. En tous cas, rien susceptible de nous intéresser, nous faire sourire, ou nous émouvoir, ce dont nous sommes pourtant demandeurs. Le trac fait des ravages, nous l’avons vu et revu. Mais après tout, n’est-ce pas réconfortant d’observer que, riche ou misérable, l’être humain est vulnérable ? Quand ce trouble est celui d’un jeune second rôle de 20 ans qui remercie sa mère et son éducatrice d’une voix à peine audible et étranglée de sanglots, c’est attendrissant. Vis-à-vis des autres, j’incline moins à l’indulgence. Mais je salue quand même les mots bien sentis d’une Catherine Frot, plus authentique que tant d’autres.

 

A l’instant de conclure, je réalise que je n’ai encore rien dit du palmarès. A quoi bon après tout, puisqu’on le trouve en abondance dans les médias et que ce que j’en pense n’a aucun intérêt. Je ne manquerai pas, toutefois, d’observer avec curiosité les statistiques du box-office pour voir si le goût du public est à l’unisson de celui des professionnels. Ce sur quoi je m’autorise quelques doutes.

 

Finalement, il est peu probable que je renouvelle l’expérience en 2017, même si je dois bien le reconnaître : j’ai passé une bonne soirée. Soyons pragmatique. En gérant un intervalle de 15 ans, j’ai fait mouche. Donc, c’est promis, je vous donne rendez-vous pour les Césars 2031.

 

Pierre DERUBY

Libre penseur

28 février 2016 

Qui n’a jamais dansé sur un volcan ? REACTIONS A PROPOS DE LA REFORME DE L'ORTHOGRAPHE

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM