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IMMORTELLE ACADEMIE FRANCAISE (1/2)

16/03/2016

IMMORTELLE ACADEMIE FRANCAISE (1/2)

En cette semaine de la langue française - Auteur : Pierre DERUBY

Peu habituée aux unes tapageuses, l’Académie Française s’est plusieurs fois trouvée en pointe dans l’actualité de ce début d’année.

D’abord en janvier, lors de la réception sous la coupole du philosophe Alain Finkielkraut, lequel n’a savouré son plaisir que le temps d’aller se faire éreinter sur un plateau de télévision quelques jours plus tard. Ensuite, à l’occasion de la réforme contestée de l’orthographe - qui a notamment fait l’objet d’un billet dans cette même tribune – où l’opinion a été manipulée sur la réalité de ses pouvoirs et attributions. Encore, lors de l’élection, le 3 mars, du tout jeune écrivain sibérien (58 ans) Andreï Makine au fauteuil n°5, face à sept autres candidats dont un seul a obtenu deux voix. Et, tout récemment, avec l’hypothèse d’une candidature Luchini, défendue par le doyen Jean d’Ormesson, au fauteuil n°37, le dernier inoccupé depuis novembre 2015. Ce cher Fabrice, récemment qualifié par une plume hostile de « froid comme la glace ». Calomnie ou réalité ? En tous cas, nombreux sont ceux qui se régalent de ses exquis mots.

 

Mais laissons là ce vain tumulte contemporain pour tourner notre regard sur le riche passé de cette vénérable assemblée. Lequel s’écrira bientôt sur quatre siècles.

 

Nous voici sous le règne de Louis XIII et de son premier ministre Armand Duplessis, alias Richelieu, que beaucoup considèrent comme le père de l’Académie Française. C’est à la fois vrai et faux. Vrai, dans la mesure où le cardinal a donné l’impulsion permettant d’en faire une institution nationale, ce que seul un gouvernant de sa dimension pouvait obtenir. Faux, parce qu’il n’en est pas le créateur. Ce qu’il n’a d’ailleurs jamais revendiqué, comme le montre l’image de son sceau ci-dessus. Regardez bien l’inscription à droite. Elle fait apparaître la mention « protecteur de l’Académie Française » qui exprime bien le rôle qui a été le sien.

 

Le vrai fondateur, Valentin Conrart, est peu connu. Il est vrai que ses livres n’encombrent pas nos bibliothèques puisque ce philologue –poète n’a publié aucun écrit notable de son vivant. D’autres l’ont fait pour lui après sa mort, mais l’essentiel de son œuvre se situe dans son action pour la postérité de l’Académie. Sa notoriété, faible aujourd’hui, est par contre, en son siècle, incomparable. Des hommes de lettres célèbres le choisissent pour juge de leurs œuvres. Chacun l’apprécie pour sa probité, la sagesse de ses conseils, la sûreté de son goût, son dévouement à la cause littéraire. Ayant lu tant d’éloges à son endroit, j’incline à penser que cet homme remarquable ne méritait que la seconde moitié de son nom.

 

Au début du XVIIème siècle, la langue française commence à se former, mais l’ouvrage n’est qu’ébauché. Incertaine et sans règles, elle ne connait d’autres lois que les caprices des écrivains. Conrart, alors conseiller-secrétaire du roi depuis 1627, et ses amis, observent ces variations. Ils sont une dizaine d’hommes de lettres à en débattre, chaque semaine, chez Valentin, à partir de 1629. Ils forment ensemble une académie secrète, le cercle Conrart. Mais un secret partagé à dix ne peut le demeurer longtemps. D’oreilles en oreilles, l’information parvient à celles du cardinal en 1634. 

 

Richelieu est conquis. Les travaux du cercle relèvent pour lui de l’intérêt national. L’unité linguistique de la France doit être renforcée pour assurer son avenir littéraire. Le Français doit être purifié, débarrassé des vocables orduriers ou barbares qui le polluent, protégé par des règles simples et claires pour tous. Moyennant quoi, il pourra s’imposer non seulement en France, mais aussi vers ses conquêtes extra-muros, comme avant lui, le grec et le latin. Dans cet esprit et face à l’ampleur de la tâche, Armand souhaite que le nombre des membres du cercle soit porté à quarante, et qu’il prenne le nom d’« Académie Française ».

 

On a dit de Richelieu qu’il voulait par là ajouter une page glorieuse à son nom. Rien n’est moins sur. Peu importe, après tout, si c’est en servant l’intérêt du pays qu’il sert sa propre cause. Ce qui mérite d’être noté, c’est que son Eminence confie à Valentin Conrart, un huguenot, le soin de rédiger les statuts, qu’il souhaite que les membres élisent eux-mêmes les nouveaux entrants, et qu’ils se choisissent un secrétaire perpétuel. Valentin Conrart est élu à l’unanimité en 1634. Il détient encore aujourd’hui le record de longévité, ayant occupé le poste jusqu’à sa mort en 1675.

 

Dans l’article 24 des statuts d’origine, il est précisé : « La principale fonction de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ». Cette mission doit aboutir à la rédaction de quatre opuscules : un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique. C’est probablement trop pour Valy et les 40 valeurs. Car finalement, seul le Dictionnaire est réalisé par l’A.F., avec une première édition parue en 1694, riche de 18 000 mots    - les trois autres ouvrages sont créés en dehors par des experts du sujet, académiciens ou non -. La neuvième, qui comporte 60 000 mots, est en cours. Qu’elle soit traitée avec soin comme la première, nul n’en doute. Avec diligence ? Hum ... Sachant que le top départ des travaux a été donné en 1986 par Maurice Druon, alors secrétaire perpétuel, on peut se demander combien d’immortels ayant contribué à l’ouvrage auront péri sans en voir l’aboutissement ?

 

Déjà au XVIIème siècle, le dico académique avait ses concurrents. Richelet en 1680, et Furetière en 1690, avaient pris de vitesse l’assemblée des grands auteurs. Hier, les Larousse, Robert, et Littré l’avaient dominé en notoriété. Mais avec la déferlante internet, les cartes ont été rebattues. Toutes les réalisations sont désormais en ligne et chacun peut se livrer à des comparaisons. Ne serait-ce que sur quelques mots. Pour voir, et apprécier le travail des rédacteurs à l’habit vert.

 

Je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour une suite à ce premier volet ... Parce que nos immortels valent bien un double coup de bicorne en cette semaine de la langue française !

 

Pierre DERUBY

Libre Penseur

16/03/2016

IMMORTELLE ACADEMIE FRANCAISE (2/2) N'oublie pas le cri des animaux

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM