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IMMORTELLE ACADEMIE FRANCAISE (2/2)

18/03/2016

IMMORTELLE ACADEMIE FRANCAISE (2/2)

...Beauté de notre langue - Auteur : Pierre Deruby

Qui imaginerait qu’avec un tel parrainage, celui de Richelieu, l’Académie Française ne soit à ses débuts rien d’autre qu’une assemblée S.D.F. ? Son Eminence se sentait-elle bien dans son slip pour n’avoir même pas songé à offrir un abri à cette troupe de beaux esprits qu’elle-même avait voulu riche de quarante membres ? L’Etat n’avait-il pas quelques m² dans son patrimoine qui put être dédié à leurs travaux ?

 

Toujours est-il que les premières réunions se tiennent chez l’un ou l’autre des membres. Et qu’il faut toute l’hospitalité du Chancelier Séguier (élu à l’A.F. en 1635) pour stabiliser le lieu des séances, à partir de 1639. A la mort du Cardinal en 1642, il lui succède en tant que Protecteur de l’Académie. Et ce n’est pas un vain mot, car il continue de loger ses pairs sous son toit jusqu’à son dernier souffle en 1672.

 

Louis XIV dont on connait la considération pour les arts, se refuse à les laisser renouer avec le nomadisme. Il délègue à son bon Colbert le soin de les installer dans le confort du Louvre. Pour un peu plus d’un siècle seulement. Jusqu’à cette folle journée du 8 août 1793 où, sous la vindicte de Chamfort et Marat, la Convention prononce l’arrêt de mort de l’Académie Française, ainsi que celui des autres Académies. Rien ne doit subsister de ce qui a été en relation avec la monarchie. Tous les insignes de la royauté : couronnes, fleurs de lys, écussons, armoiries, sont systématiquement détruits. Mais pas que – selon une expression contemporaine récemment commentée par l’A.F. -.

 

Par bonheur, le courage et l’imagination de quelques-uns permettront de préserver les archives et d’autres biens de l’assemblée. Ceci dit, je condamne avec la même fermeté (on dirait du Hollande) tous les anéantisseurs de mémoire quels qu’ils soient. Louis XIV ne s’était pas montré plus magnanime en faisant disparaître toute trace de ce qui le dérangeait, de la Fronde à Port-Royal. Et que dire aujourd’hui, sous d’autres cieux, des actes de Daech et des Talibans ?

 

Ce qui avait été considéré comme une mort se révéla être un simple coma. Dix ans après sa condamnation, l’Académie renaissait par le décret du 3 Pluviôse an III (23 janvier 1803) sous  l’initiative de Bonaparte. Que les Boileau, Corneille, La Bruyère, La Fontaine, Racine, Chateaubriand, Montesquieu, Voltaire, et tant d’autres illustres plumes académiques reposent en paix ! Elles ne resteraient pas sans successeurs. Lamartine, Hugo, Musset, Achard, Pagnol, Mauriac, Yourcenar, Decaux, et Cie, allaient prendre le relais, sabre en mains.

 

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, les nouveaux grands hommes verts se voient attribuer un magnifique terrain de rencontre au collège des Quatre Nations (toujours situé aujourd’hui Quai Conti, au bord de la Seine).

 

Ayant cité Yourcenar, cette Marguerite qui n’a rien à voir avec celle de Fernandel, je ne peux esquiver le sujet de la présence des femmes au sein de cette corporation élitiste. Qu’il ait fallu attendre l’an 1980 pour voir une jupe (il y avait eu jadis des robes) sous la coupole ne me semble pas à porter au crédit de l’institution. Trente six ans plus tard, elles n’ont été que huit à y avoir été admises. Cinq, me direz-vous, dans le cortège actuel (plus de 10 % !!!), avec parmi elles, l’historienne Hélène Carrère d’Encausse qui occupe le poste de Secrétaire Perpétuelle depuis 1999. Les siècles précédents n’avaient-ils pas révélé d’authentiques talents littéraires féminins dont la plupart tenaient salon, offrant ainsi une tribune aux idées des Lumières ? Dommage de ne pas trouver parmi la liste des 729 membres ayant occupé les 40 fauteuils les noms de Madeleine De Scudéry (qui avait osé demander son admission)Germaine De Staël, Marie De Sévigné, Emilie du Chatelet, George Sand, et d’autres ...

 

Elles auraient été largement qualifiées pour décider, avec leurs confrères, de l’attribution des divers prix distribués à partir de l’année 1671 par l’Académie. Sans doute d’ailleurs, est-ce en guise de compensation que Mmes de Scudéry, de Rivarol et d’Epinay furent les premières lauréates respectives des prix d’Eloquence, de Vertu, et d’Utilité (ouvrage le plus utile au bien temporel de l’humanité).

 

Que valent aujourd’hui en notoriété les nombreux prix de l’A.F. (58) comparés au Goncourt, au Renaudot, au Fémina ou à l’Interallié ? Un succès d’estime, guère plus ? Non, ne sombrons pas dans la people-isation. L’Académie jouit encore auprès du public, et plus encore du monde littéraire, d’un prestige qui lui est exclusif. Ses Grands Prix ratissent beaucoup plus large que les précités, uniquement tournés vers le roman. A côté du Grand Prix de Littérature qui récompense l’ensemble d’une œuvre, tous les styles littéraires ont leur propre prix : roman, philosophie, poésie, biographie, critique, essai, nouvelle, théâtre, ... C’est sa grandeur (celle de l’Académie) incomparable et inégalée par un univers mercantile qui la traite plus souvent qu’à son tour en dérision.

 

Au terme de cette chronique bicéphale, je vous invite à lire et relire des ouvrages écrits aux XVIIème, XVIIIème, ou encore XIXème siècles (disponibles gratuitement sur Google Book). Notamment ceux d’académiciens de l’époque.

 

Vous ne pourrez qu’être conquis par le choix des mots, la qualité du style, l’élégance des constructions. La beauté de la langue française est une richesse, un inestimable cadeau de nos ancêtres. Aujourd’hui encore, l’Académie Française accomplit pour elle un remarquable travail ... qui toutefois n’intéresse pas les médias et leur clientèle culturellement dépendante. Ce pays, si attaché à ses libertés, ne gagne pas forcément à développer celles qui s’attachent à la forme de son langage.

 

En cette semaine de la Langue Française et de la Francophonie, je ne pouvais résister à la tentation de le clamer haut et fort.

 

Pierre DERUBY

Libre-Penseur

18/03/2016

Tous des cons ! IMMORTELLE ACADEMIE FRANCAISE (1/2)

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM