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La revanche de Rio

07/08/2016

La revanche de Rio

Rio accueille les 31èmes Olympiades - Auteur Pierre DERUBY

En accueillant du 5 au 21 août les 31èmes Olympiades de l’ère moderne, Rivière de Janvier (traduction française de Rio de Janeiro) et ses Cariocas (gentilé des habitants de Rio) vivent l’événement comme une double revanche.

 

Candidate malheureuse, comme 7 autres villes (dont Paris) à l’organisation des 30èmes Jeux Olympiques de 2012, Rio savoure depuis 2009 sa joie d’avoir été désignée officiellement ville hôte 2016 par les membres du C.I.O. (Comité International Olympique). Ce qui ne s’est d’ailleurs pas fait tout seul. Car il a fallu attendre le 3ème tour de scrutin pour que Rio l’emporte finalement devant Madrid par 66 voix contre 32. Quelques (vilaines ?) langues prétendent que le Président d’alors, Lula, aurait joué de son « influence » auprès de la plupart des dirigeants africains – entre autres - pour obtenir leur vote. Malgré le déficit public abyssal du pays (10.2% du P.I.B., contre 3.5% en France où l’on s’émeut de son niveau), Loulou serait parvenu à dénicher quelques liasses de réals dont les gravures imagées seraient devenues irrésistibles aux yeux de ses homologues du continent voisin. Serait-ce une version moderne de la réal politik ? En tous cas, sa successeuse, Dilma Rousseff, n’a rien à lui envier. Destituée le 12 mai dernier sur l’accusation de « maquillage des comptes publics », elle a peut-être eu moins de chance. Quant à Michel Temer, le nouveau Président par intérim, il ne lui a fallu que quelques semaines pour être à son tour sur la sellette dans un scandale avec le groupe Pétrobras. Moralité : Quand les scientifiques auront un peu de temps libre, qu’ils s’emploient donc à mettre au point un vaccin anticorruption. Il y aurait auprès de la classe politique brésilienne ... et de quelques autres, un juteux marché à pourvoir. Mais je m’égare ...

 

La deuxième frustration décapée par cette désignation vient de bien plus loin. Elle remonte au 21 avril 1960, date à laquelle Rio s’est vue perdre son titre de capitale, acquis en 1763, au profit de Brasilia, une toute nouvelle cité émergeant du plateau central de Goias, à 1172 m d’altitude.          La décision était venue du Président de l’époque, Juscelino Kubitschek, soucieux de réorienter l’économie du pays vers l’intérieur pour mieux unifier la nation. Jusque là, il est vrai, les deux mégalopoles côtières du sud (Rio et Sao Paulo) phagocytaient le reste du Brésil.

 

Cette tentative de redistribution des cartes était donc louable dans l’esprit, mais d’une grande complexité de mise en œuvre car la topographie du 5ème plus grand pays de la planète ne facilitait guère le développement au-delà de sa façade atlantique.

 

Qu’en est-il aujourd’hui, avec un recul de plus d’un demi-siècle ?  Le redéploiement démographique s’est effectivement produit : Brasilia, ville essentiellement administrative, est désormais quand même la 4ème du pays par sa population, avec 2,5 millions d’habitants. Contre 6,3 millions à Rio, au 2ème rang derrière Sao Paulo qui, elle, compte 10 millions d’âmes.

 

Mais deux inconvénients majeurs ont entamé le succès de l’audacieux projet. En premier lieu, la concentration bureaucratique a atteint ses limites. La ville n’a plus d’emploi à offrir aux nouveaux arrivants attirés, ici comme ailleurs, vers les grands centres urbains. Aussi futuriste soit-elle, la capitale a vu la pauvreté s’installer dans ses rues, comme dans les villes qui se sont constituées à sa périphérie. En second lieu, la réorientation vers le centre a ouvert la voie à une exploitation de la  forêt amazonienne, au nord du pays, avec les excès que l’on sait.

 

Tout cela, les joyeux habitants de Rio ne souhaitent pas en parler. Ils entendent, au contraire, avec les J.O., redonner toute sa magie et sa séduction à leur cité. Elle qui a fait rêver la planète entière durant des décennies et dont le charme ne demande qu’à être redécouvert. Les lecteurs les plus matures n’ont pas oublié qu’en 1958, déjà, Dario Moréno nous invitait à prendre la direction du Sud-Ouest avec son « Si tu vas à Rio ». Entendu par Cloclo qui, vingt ans plus tard, lui confirmait « Je vais à Rio ». Entretemps, Bébel, au sommet de son époustouflante condition, était allé y faire son homme pour notre plus grand plaisir.

 

Sans même tous ces ambassadeurs, les images et les sons nous sont toujours parvenus, à 9 200 kms de distance, de cet endroit unique. Qui, aussi casanier soit-il, n’a en tête la vue sur cette fabuleuse baie brésilienne. Et le nom de ses plus belles plages : Copacabana, Ipanéma (chantée par la famille Gilberto sur un  rythme de bossa nova). Qui, quelles que soient ses convictions religieuses, est insensible à la présence de ce Christ Rédempteur qui protège la ville du haut des 704 mètres du Corcovado toisant « le pain de sucre » qui, réduit à ses 396 mètres, n’a rien à lui envier en notoriété. Et surtout, qui n’a rêvé de connaître un jour en « live » l’ambiance du plus joyeux et éblouissant carnaval qui embrase chaque année la ville au rythme enfiévré de la samba. Aux côtés de milliers d’autres, les plus troublantes joueuses de beach-volley, reconverties en danseuses par intérim, nous y dévoilent encore un peu plus leur splendide ... musculature.

 

Les autorités de la province et même du pays ont bien saisi toute l’opportunité qu’ils pouvaient tirer des grands événements sportifs pour ensorceler les nouvelles générations et les attirer. Que Rio en ait été aussi généreusement pourvue, avec l’organisation de la coupe du monde de football en 2014 et celle des jeux cette année, ne me choque pas. Même dans les conditions que nous savons. Car nous avons tous, particulièrement en ces temps moroses, besoin de rêve et de fête. Et ça, Rio n’a pas d’équivalent pour nous le donner.

 

Pierre DERUBY

Libre penseur

Eloge de la pudeur LE TOUR EST JOUE....

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM