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Eloge de la pudeur

08/17/2016

Eloge de la pudeur

Respect et transparence - Auteur : Pierre DERUBY

De l’antiquité jusques aux siècles les plus récents avant le nôtre, l’éloge a été un genre littéraire fécond. Désormais rangé au rayon des ringardises, quelques audacieux tentent encore parfois de le réhabiliter. Sans succès. Car les temps actuels, convenons-en, sont plus portés au blâme qu’à l’apologie. Comme si les deux ne pouvaient coexister.

 

A l’heure où les cabinets de consultants ne jurent que par le retour aux fondamentaux (le bien, le mal ?), nos contemporains majoritaires, plus occupés à soigner leur PARAITRE que leur ETRE, nous accordent-ils encore le droit d’avoir d’autres références que les leurs et de pouvoir user de la louange comme de la réprobation ? Triste époque, et triste société, qui croiraient tout inventer en piétinant sans discernement ce qu’auraient défendu leurs aînées.

 

Qu’il me soit donc permis de marcher à contre-courant pour soutenir une vertu moribonde : la PUDEUR. Ce faisant, je n’ignore pas que je pose le pied sur des œufs, tant les idées reçues déclenchent chez certains des étiquetages instantanés. Catho pour les uns, musulman pour d’autres, ... Ne peut-on traiter la question en dehors de la chose religieuse ?

 

Qu’on ne se méprenne pas. Se poser en défenseur de la pudeur ne signifie pas, a contrario, se montrer adversaire de l’impudeur. L’une et l’autre ont droit à leur place, et nous celui de choisir de goûter tantôt l’une, tantôt l’autre. Ce qui m’insupporte aujourd’hui, c’est que la seconde a écrasé la première. Sans même aller jusqu’à l’exergue d’une nudité intégrale, voire davantage, hors des structures prévues pour, les excès de notre époque sont d’abord dans la primauté accordée à l’apparence, au culte de l’image, à la sacralisation du corps  ... au détriment de l’esprit.

 

L’exhibitionnisme est roi. A Cannes, au mois de mai, les robes les plus transparentes, les décolletés les plus vertigineux, le look de tel ou tel séduc-ac-teur, ont plus d’importance que la performance artistique de celles et ceux qui les portent. Sur nos écrans, les émissions de téléréalité font florès. Depuis « Loft Story » qui consacra en 2001 l’inoubliable Loana dont plus personne n’envie le sort, la liste s’est allongée jusqu’au récent « Adam recherche Eve » qui rassemble des célibataires totalement nus sur une île déserte de Polynésie ... pour qu’ils fassent connaissance (il faut bien que Genèse se passe). Qu’ont donc en tête les promoteurs de tels monuments culturels ? Que cherchent-ils à exacerber auprès de leur auditoire ? L’écrit n’est pas en reste. La presse people a, depuis longtemps, balayé le journalisme d’investigation et bouleversé la hiérarchie qui prévalait entre rédacteurs et photographes.

 

L’exhibitionnisme n’est pas seulement roi. Il est aussi contagieux et trouve face à lui un voyeurisme d’un essor similaire. Oublions la classe politique et son omniprésence médiatique au travers d’un feuilleton où chaque épisode est indépendant du précédent. Le fait est suffisamment décrié pour regarder plus près de nous. Sur Facebook, les adeptes livrent sans réserve à leurs « amis » des séquences de leur vie d’une affligeante banalité. Amis qui, à leur tour, emboitent le pas en retournant leur propre production, toute aussi originale. Et puis, allez, on se fait un petit narcisso-selfie pour immortaliser des instants uniques ... répétés à l’infini. Dans la rue, aux terrasses des cafés, à la télé - le Graal -, il faut se montrer, comme pour se donner l’illusion d’exister. Etre belle, être beau, être vu par le plus grand nombre. Ce qui, indirectement, constitue la source d’un marché colossal où les proies, pour la plupart inconscientes de la manipulation dont elles sont l’objet, se jettent à corps perdu.

 

Parlant d’amis, je ne m’en ferai probablement pas beaucoup en écrivant ces lignes. Sans doute certains verront-ils dans mes propos du mépris, alors que simplement riche, comme tant d’autres, de quelques erreurs, je vise plutôt à attirer leur attention sur celle qu’il commette en soumettant l’évaluation de ce qu’ils sont - ou croient être - au regard sans indulgence des autres.

 

On aura compris que la pudeur dont je parle n’est pas uniquement celle qui consiste à cacher les parties les plus intimes de son anatomie. Celle à laquelle, disons-le j’adhère, s’assimile plutôt à la discrétion, - autre vertu peu cotée en nos temps sur-médiatiques -. Et s’accompagne d’une recherche de développement personnel dont le but n’est pas d’épater la galerie. Ce qui n’implique pas un repli sur soi, bien au contraire. Partager avec un entourage choisi, connu, un peu d’authenticité, de profondeur, me semble conduire vers un plaisir durable qui s’oppose avantageusement à la précarité des démonstrations tapageuses visant un large public de quidams. Sauf pour ceux, peu nombreux, dont c’est le métier.

 

J’ai tendance à penser que la pudeur valorise son objet, que l’être humain se bonifie à préserver une part d’intimité. Intimité, intériorité, nous y sommes. Là où je veux en venir. Il me semble que c’est d’abord dans son espace intérieur que l’homme peut trouver son épanouissement. Libre à lui, ensuite, de livrer à ceux qui comptent à ses yeux, et ceux-là seulement, ce qu’il ressent en préservant ou pas un jardin secret d’une surface à sa convenance. Ceux qui le connaissent et s’intéressent à lui n’ont d’ailleurs pas toujours besoin qu’il s’exprime pour le comprendre.

Discrétion, intimité, intériorité, ce sont déjà de beaux mots, et de belles valeurs, qui s’associent à la pudeur. J’y ajouterai celui de dignité. Lorsque nous évoquons le sujet, nous avons coutume de dire d’un tiers qu’il « se drape dans sa dignité ». Le parallèle avec la pudeur est patent. On se couvre, on se protège, pour obtenir une forme de respect d’autrui.

 

La voila donc ma conclusion : l’exhibitionnisme comme le voyeurisme entament le respect. Reçu ou donné. Alors, entre respect et transparence, va où ton cœur te porte. 

 

Pierre DERUBY

Libre Penseur

Au revoir Rio... La revanche de Rio

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM