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Eternel Van Rijn ...

21/09/2016

Eternel Van Rijn ...

... de son siècle aux nôtres. Auteur : Pierre DERUBY

Peut-être aurez-vous davantage reconnu celui auquel ce billet est dédié par l’autoportrait qui l’illustre que par l’évocation de son nom dans le titre ci-dessus (?). Je plaisante bien sûr. Car ce serait  faire offense à votre culture que de vous imaginer ignorant que Van Rijn est le nom de ce grand maître hollandais de l’art baroque du XVIIème communément - et néanmoins singulièrement - appelé par son prénom : Rembrandt.

 

Pourquoi parler de lui aujourd’hui ? D’abord, parce qu’il est depuis longtemps mon chouchou parmi les manieurs de pinceaux qui ont jalonné l’histoire de la peinture jusqu’à nos jours. Ensuite, et plus sérieusement, parce que plus de trois siècles après sa disparition (en 1669, à 63 ans), l’homme et son œuvre (estimée à 600 peintures, plus les dessins et les eaux-fortes) continuent de passionner et de faire l’actualité.

 

Depuis le 16 septembre et jusqu’au 23 janvier prochain, le musée Jacquemart-André, propriété de l’Institut de France à Paris, lui consacre une exposition baptisée « Rembrandt intime » à laquelle les plus grands médias français ont donné un large écho. Ne nous leurrons pas. S’ils l’ont fait, c’est bien parce qu’ils considèrent que notre homme fait toujours recette, et que la perspective d’entrer dans son intimité a de quoi séduire une foule d’admirateurs.

 

Qu’il fasse recette, c’est certain. Les références sont là. Début 2015, le Rijksmuseum d’Amsterdam entame une exposition de trois mois sur le thème : « Rembrandt, les années de plénitude ». Résultat : plus d’un demi-million de visiteurs. Un record absolu dans le genre pour l’établissement. Comme quoi, n’en déplaise à Saint-Luc, être prophète en son pays, c’est possible. Deux ans auparavant, le même Rijksmuseum avait, avec le concours de la banque I.N.G., promu le retour en ses murs de la célèbre « Ronde de nuit » grâce à un moyen original : la reconstitution vivante et animée du tableau dans une galerie marchande d’Amsterdam :-http://golem13.fr/rembrandt-rijksmuseum/. Serait-ce le film éponyme de Peter Greenaway (la ronde de nuit), sorti en 2008, qui les a inspirés ? Probablement.

 

Mais en matière de recette, il y a mieux, beaucoup mieux. Il y a tout juste un an, la Hollande et la France se sont associées pour racheter à la famille Rothschild, en quête d’argent de poche, deux portraits en pied - de plus de deux mètres de haut - d’un couple de notables néerlandais dont les noms vous sont vraisemblablement, autant qu’à moi, familiers : Marten Soolmans et Oopjen Coppit.

 

Les vendeurs voulaient 160 millions d’euros pour ces deux tableaux convoités par le monde entier. Ils les ont obtenus, au terme d’un feuilleton qui a opposé le Rijksmuseum (encore lui) au Louvre pendant des mois, avant que l’opération ne se dénoue au plus haut niveau de l’Etat. Hollande et les hollandais se sont finalement mis d’accord pour faire l’acquisition sous une forme conjointe, chaque pays déboursant 80 millions d’euros.


La Banque de France, aimablement sollicitée par le chef de l’Etat, a accepté de verser la somme dans le cadre de son mécénat. Somme qui, au passage, représente l’équivalent du budget de 10 ans d’acquisitions pour le Louvre.

 

Bref, le couple sur toile voyagera donc d’un musée à l’autre tous les cinq ans. Un arrangement inédit qui a le mérite de conserver périodiquement en France, et publiquement, des chefs d’œuvre qui y étaient déjà, mais dans une collection privée, tout en les rendant accessibles aux compatriotes de notre virtuose de la palette.

 

De son vivant, le maître n’a pas non plus vécu dans la misère. Il met moins de dix ans à se bâtir une solide réputation et à en tirer profit.

 

L’exposition en cours permet-elle de pénétrer l’intimité de l’artiste ? Peut-être. D’une certaine manière, il nous y a déjà habitués en consacrant une large partie de son œuvre à plusieurs de ses proches : son épouse, Saskia Van Uylenburgh, sa seconde concubine, Hendrickje Stoffels, et son fils Titus Van Rijn (issu de son mariage avec Saskia). Il est nettement moins attesté, en revanche, qu’il ait peint ses parents et la petite Cornelia, née de sa relation avec Hendrickje. En outre, le dénombrement de sa production reste controversé. Certains de ses élèves (de bons imitateurs) ont signé leurs réalisations de son nom et lui-même a signé de son nom certaines de leurs réalisations. Même les plus grands experts peinent à s’y retrouver.

 

Qu’à cela ne tienne, la vraie intimité de Rembrandt est ailleurs : dans l’humanisme qu’il a voulu exprimer au travers d’une œuvre majoritairement composée de portraits individuels et, dans une moindre mesure, de scènes de groupes. Peindre des natures mortes ou des paysages, il ne le fait qu’à la marge. Ce sont les créatures de chair et de sang comme lui qui l’intéressent. Près du moulin de son père où il a passé son enfance, à Leyden, il y a des misérables, des mendiants. Il les choisit souvent comme modèles pour témoigner d'une réalité fragile que les autres peintres de son temps préfèrent oublier. Quand il peint des femmes, il ne les choisit pas non plus pour leur plastique. Ce qui ne l’empêche pas de donner à celles-ci et à ceux-là une présence, une grâce parfois, qui invitent à l’émotion. Il n’oublie pas cependant de rendre hommage à la beauté telle qu’elle est, sans fard. Celle de « Saskia avec une fleur », ou celle plus accomplie à mes yeux de « Titus lisant ».

 

Sa maîtrise des clairs-obscurs, et son utilisation d’une palette de couleurs souvent restrictive, donnent à ses toiles et ses huiles un cachet unique.

 

Il veut montrer la vie et ce qu’elle suggère de son aboutissement. Comme les philosophes en littérature, il est à la recherche de la vérité, qu’il veut traduire dans son art. Comment les drames qui l’accablent ne l’influenceraient-ils pas ? Trois des enfants que lui donne Saskia meurent dans leurs premiers jours. Titus, le seul survivant disparait à 27 ans. Saskia, décède à 30 ans, Hendrickje à 27, sa bru à 28. Max-Pol Fouchet écrira que " Rembrandt porte en lui un cimetière ". On ne saurait mieux dire le calvaire de cet homme. Sans doute sa sensibilité s’est-elle exacerbée pour le conduire au plus haut niveau d’un art que ses jeunes années avaient déjà révélé.

 

Rembrandt s’est aussi beaucoup peint lui-même. Il a à son actif, environ une centaine d’autoportraits à tous les âges de sa vie. Des réalisations sans complaisance. Il n’y a pas dans sa démarche de narcissisme. Simplement la volonté de montrer l’évolution physique d’un être humain - le plus facile à solliciter - tout au long de son existence avec les traces qu’elle a laissée sur lui.

 

Notre ère moderne continue d’être inspirée par ce personnage d’exception. Il y a quelques mois, une machine « intelligente » a réalisé un tableau intitulé « The next Rembrandt » avec 148 millions de pixels. http://www.lepoint.fr/culture/un-nouveau-rembrandt-entierement-peint-par-un-ordinateur-08-04-2016-2030926_3.php. Du Rembrandt à s’y méprendre (sauf pour les experts) ... mais sans son âme.

 

Pierre DERUBY                                                                                                                                                                 

Le film de la semaine : Lettre ouverte à un ancien président de la République...

Annie FONTAINE

J'adore !...

PATRIGEON

Salut Jean-Henry et autres lecteurs,
je suis dans la cible ... couple de retraités aisés .... et donc électeur de Macron ; pour autant je ne me reconnais pas , Jean-Henry, dans tes qualificatifs "démocratie oligarque , fortuné et ploutocrate" , tu pousses mais connaissant ton côté théâtral et provoc ... .
Le sénat est pour moi le symbole d'une France sclérosée avec ses hobereaux locaux défendant leurs pouvoirs dans le mille-feuille territorial fabriqué par nos politiques de tous bords. Alors pas étonnant que nos sénateurs se regénérent entre eux tous les 3 ans en se présentant comme les défenseurs de nos dizaines de milliers de communes , inter-communalités , agglos, départements etc .
Et si on supprimait quelques symboles ? histoire de montrer que le changement c'est maintenant et pour tous .

Bonjour Jean-Louis,
Merci pour ta transparence. Ne vois aucune injure dans ces mots d'oligarchie ou de ploutocratie ! Cette classe sociale existe, et Jupiter la cible donc à bon escient ! Je ne veux pas revenir sur le rôle et la légitimité du Sénat ; les médias s'en chargent. En revanche que fait notre Président vis-à-vis des classes sociales les moins aisées ? (à part l'APL ?) Ces classes sociales moins aisées me semblent délaissées et je ne désire pas que les LR les abandonnent aux partis extrémistes !
Bien à toi,
JHM